Une ferritine élevée sur une prise de sang provoque souvent de l’inquiétude, mais son interprétation dépend du contexte clinique. La ferritine reflète à la fois les réserves de fer et l’inflammation systémique. Il est donc essentiel d’associer la valeur de la ferritine à d’autres paramètres biologiques, à l’histoire médicale et à l’examen clinique pour décider des actions à entreprendre. Cet article décrit les seuils pratiques, le bilan à demander, les causes fréquentes, les mesures hygiéno-diététiques immédiates et les options thérapeutiques, ainsi que les délais de réponse attendus.
Rôle de la ferritine et premiers éléments d’interprétation
La ferritine est la protéine de stockage du fer dans l’organisme. Des valeurs basses indiquent généralement une carence en fer, tandis que des valeurs élevées peuvent traduire une surcharge en fer ou une réaction inflammatoire. Il est donc impératif de ne pas se limiter à la seule ferritine : le bilan doit inclure le fer sérique, la capacité totale de fixation du fer (TIBC ou transferrine), la saturation en transferrine et un marqueur d’inflammation comme la CRL’hémogramme (hémoglobine, numération des globules rouges) complète l’évaluation.
Seuils indicatifs et conduite à tenir
Les seuils varient selon les laboratoires, mais en pratique on retient des repères utiles :
- Ferritine modérément élevée : jusqu’à environ 200 ng/mL chez la femme et 300 ng/mL chez l’homme. Surveillance et recherche d’une cause inflammatoire ou métabolique.
- Ferritine entre 200–500 ng/mL (femmes) ou 300–500 ng/mL (hommes) : surveillance rapprochée, bilan étiologique approfondi et modification des facteurs réversibles.
- Ferritine supérieure à 500 ng/mL : hyperferritinémie notable nécessitant une consultation médicale spécialisée et bilan hépatique/échographique si indiqué.
- Ferritine > 1000 ng/mL : forte suspicion de surcharge tissulaire (foie, cœur, pancréas) ; évaluation urgente par un spécialiste et prise en charge rapide.
Bilan médical à demander
Pour interpréter une ferritine élevée, demandez au minimum : ferritine, fer sérique, TIBC ou transferrine, saturation en transferrine, CRP ou VS, hémogramme. Selon le contexte, on ajoute : tests hépatiques (ASAT, ALAT, GGT, bilirubine), dépistage de l’hémochromatose génétique (gène HFE) si suspicion, bilan métabolique (glycémie, lipides) et imagerie hépatique (échographie, IRM de quantification du fer si disponible).
Causes fréquentes d’hyperferritinémie
Plusieurs situations expliquent une ferritine élevée :
- Hémochromatose héréditaire (surcharge en fer génétique).
- Inflammation aiguë ou chronique (maladies auto-immunes, infections, néoplasies) qui augmente la ferritine de façon non spécifique.
- Syndrome métabolique et stéatose hépatique non alcoolique, fréquemment associés à une ferritine modérément augmentée.
- Consommation excessive d’alcool qui favorise l’inflammation hépatique et l’accumulation du fer.
- Transfusions répétées ou prise prolongée de suppléments de fer (iatrogénique).
Mesures hygiéno-diététiques immédiates (7–14 jours)
En attendant le bilan complet, des mesures simples peuvent réduire l’apport et l’absorption du fer :
- Réduire ou éliminer la viande rouge, les abats et les fruits de mer riches en fer héminique.
- Éviter les suppléments de fer et être prudent avec la vitamine C prise lors des repas (elle augmente l’absorption du fer).
- Prendre du thé noir, thé vert ou café pendant ou juste après les repas : les tanins diminuent l’absorption du fer.
- Arrêter l’alcool : il réduit l’inflammation hépatique et diminue l’absorption intestinale du fer.
- Favoriser un régime riche en fibres, légumineuses, céréales complètes et produits laitiers, qui réduisent l’absorption du fer par la présence de phytates et de calcium.
- Perdre du poids si vous êtes en surpoids : la diminution de la stéatose hépatique peut abaisser la ferritine liée au syndrome métabolique.
Traitements médicaux et délais de réponse
Si une surcharge en fer réelle est confirmée (hémosidérose, hémochromatose), le traitement de référence est la phlébotomie thérapeutique régulière, qui diminue progressivement la ferritine et la charge en fer. On peut observer une baisse significative de la ferritine après quelques sessions, mais le traitement d’entretien peut durer plusieurs mois à années selon la surcharge initiale. Les chélateurs du fer (déférasirox, déféroxamine) sont réservés aux cas liés à des transfusions ou lorsque la phlébotomie est impossible.
Quand consulter en urgence
Consultez rapidement un médecin ou un hématologue si :
- La ferritine dépasse 500–1000 ng/mL selon le contexte et surtout >1000 ng/mL.
- Vous avez des symptômes évocateurs de surcharge : fatigue intense persistante, douleurs articulaires, troubles du rythme, insuffisance hépatique ou diabète de novo.
- Antécédents familiaux d’hémochromatose.
Suivi et prévention
Après l’identification de la cause et la mise en place du traitement, un suivi régulier par prises de sang permet d’ajuster la fréquence des phlébotomies ou des interventions. Si la ferritine était élevée pour cause inflammatoire, traitez la maladie sous-jacente. Pour prévenir une récidive, évitez la supplémentation inutile en fer, limitez l’alcool et surveillez le poids et le métabolisme.
En résumé, ne paniquez pas mais ne retardez pas le bilan : une ferritine isolée n’est qu’un indice. Combinez bilan biologique, examen clinique et modifications hygiéno-diététiques immédiates et consultez un spécialiste si les valeurs sont élevées ou si des symptômes apparaissent. Une prise en charge structurée protège le foie et les organes et permet de réduire durablement la ferritine lorsque nécessaire.