Le syndrome du scroll infini : Quand TikTok et Instagram révèlent notre rapport au désir selon Lacan

Le syndrome du scroll infini : Quand TikTok et Instagram révèlent notre rapport au désir selon Lacan
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Prisonniers du défilement

Combien de fois vous êtes-vous surpris, le pouce glissant mécaniquement sur votre écran, à faire défiler un flux ininterrompu de contenus sans réellement savoir ce que vous cherchiez ? Cette scène du quotidien traverse désormais toutes les générations, mais frappe particulièrement les jeunes parisiens qui passent en moyenne près de quatre heures par jour sur les réseaux sociaux. Le phénomène du scroll infini sur TikTok, Instagram ou autres plateformes ne relève pas d’un simple divertissement : il soulève une interrogation plus profonde sur notre rapport au désir et à la satisfaction.

La question centrale qui se pose n’est pas tant celle du temps perdu, mais bien celle de l’impossibilité d’arrêter. Pourquoi cette compulsion à continuer, même lorsque l’ennui ou la fatigue se font sentir ? L’approche psychanalytique lacanienne offre un éclairage saisissant sur cette addiction moderne, révélant comment ces plateformes exploitent la structure même de notre fonctionnement psychique. Loin d’être un simple problème de volonté ou de discipline personnelle, le comportement compulsif face aux réseaux sociaux s’ancre dans les mécanismes fondamentaux qui organisent notre relation au désir.

L’objet petit a dans le flux algorithmique

Pour comprendre l’emprise du scroll infini, la psychanalyse lacanienne propose un concept essentiel : l’objet petit a, cet objet cause du désir qui n’est jamais l’objet de satisfaction lui-même. Dans la théorie de Lacan, le désir humain ne vise jamais véritablement l’objet qu’il semble poursuivre, mais reste animé par une quête insatiable d’un objet perdu, impossible à retrouver. Chaque vidéo qui apparaît sur votre écran, chaque publication qui se présente à vous fonctionne comme la promesse illusoire d’une satisfaction définitive : « celle-ci sera intéressante », « la prochaine sera drôle », « peut-être que la suivante me touchera vraiment ».

La structure même du défilement sans fin reproduit exactement la logique du désir telle que Lacan l’a théorisée. Le flux algorithmique ne vous offre jamais ce qui vous satisferait pleinement, mais maintient constamment la promesse que cet objet tant recherché se trouve juste un peu plus loin, après un nouveau geste du pouce. Cette mécanique révèle une vérité fondamentale : le désir est structurellement insatiable. Les concepteurs de ces plateformes n’ont pas créé cette structure, ils l’ont simplement comprise et exploitée avec une efficacité redoutable. Le « toujours plus » n’est pas une perversion du désir, c’est sa nature même.

La jouissance du « toujours plus »

Lacan établit une distinction cruciale entre plaisir et jouissance, deux termes souvent confondus dans le langage courant. Le plaisir correspond à une satisfaction mesurée, qui s’arrête naturellement une fois atteinte. La jouissance, elle, désigne ce mouvement qui pousse le sujet au-delà du principe de plaisir, dans une répétition qui peut devenir toxique. Lorsque vous continuez à scroller malgré la fatigue oculaire, malgré l’ennui, malgré la conscience que vous perdez votre temps, vous n’êtes plus dans le registre du plaisir mais dans celui d’une jouissance qui vous échappe.

Cette répétition compulsive face aux écrans illustre parfaitement ce que Freud appelait la pulsion de mort et que Lacan a réarticulé dans sa théorie de la jouissance. Le sujet revient sans cesse au même geste, non par satisfaction, mais parce que quelque chose dans ce mouvement même le captive au-delà de toute logique consciente. Vous savez que vous devriez arrêter, vous n’en retirez plus aucun plaisir véritable, et pourtant le pouce continue son mouvement mécanique.

Face à ces mécanismes complexes qui dépassent la simple volonté individuelle, l’accompagnement par un psychanalyste paris 18 permet de comprendre comment ces comportements compulsifs s’articulent à votre histoire singulière et à votre structure psychique. Dénouer la jouissance toxique nécessite un travail d’élaboration qui excède la simple prise de conscience du problème.

L’algorithme comme Autre tout-puissant

Les réseaux sociaux proposent à chaque utilisateur un flux personnalisé qui semble connaître ses goûts, ses intérêts, parfois même ses désirs les plus secrets. Cette personnalisation algorithmique crée l’illusion d’un Autre – au sens lacanien du terme – qui vous comprendrait parfaitement, qui saurait mieux que vous-même ce qui vous intéresse. L’algorithme devient cette instance supposée savoir ce qui vous fait vibrer, ce qui retiendra votre attention, ce qui correspond à vos attentes.

Cette délégation de notre capacité à choisir représente une forme d’aliénation contemporaine particulièrement préoccupante. Lorsque c’est l’algorithme qui détermine ce que vous allez voir, ce qui mérite votre attention, quelle vidéo suivra la précédente, vous perdez progressivement votre autonomie face au désir. Le sujet ne désire plus activement, il consomme passivement ce que la machine a préselectionné pour lui. Cette perte d’autonomie du désir constitue peut-être l’effet le plus insidieux du scroll infini : elle nous habitue à ne plus avoir à désirer par nous-mêmes, à laisser une instance extérieure organiser notre rapport au monde.

La question devient alors vertigineuse : que reste-t-il de votre désir propre lorsque chaque contenu qui vous est présenté a été calculé pour maximiser votre engagement ? L’algorithme ne révèle pas qui vous êtes, il façonne ce que vous devenez en orientant continuellement votre attention selon des logiques qui échappent totalement à votre conscience.

Les symptômes de l’ère numérique

Le syndrome du scroll infini ne se manifeste pas seulement pendant les moments passés sur les applications, il produit des effets qui contaminent l’ensemble de l’existence. Le FOMO (Fear of Missing Out), cette peur de manquer quelque chose, radicalise l’angoisse du manque qui habite structurellement l’être humain. Mais là où cette angoisse pouvait autrefois trouver des moments d’apaisement, elle devient désormais permanente : il se passe toujours quelque chose quelque part, une story que vous n’avez pas vue, une tendance que vous ne connaissez pas encore, un moment partagé par d’autres auquel vous n’avez pas participé.

La procrastination représente un autre symptôme majeur de cette captation attentionnelle. Face à une tâche qui demande concentration et engagement, le réflexe devient d’ouvrir une application pour « juste cinq minutes », qui se transforment régulièrement en heures perdues. Cette fuite face au réel, face aux exigences concrètes de la vie, s’accompagne de troubles de l’attention et de concentration de plus en plus documentés. Le cerveau, habitué au flux rapide et changeant des contenus courts, peine à maintenir son attention sur des objets qui demandent une élaboration plus lente.

L’impact sur les relations sociales révèle peut-être la dimension la plus préoccupante du phénomène. Préférer le flux à la rencontre réelle, consulter son téléphone pendant une conversation, ressentir le besoin de partager un moment sur Instagram avant même de l’avoir vécu : ces comportements témoignent d’une difficulté croissante à habiter le présent et à s’engager dans des relations authentiques. Le lien social lui-même devient médiatisé par les écrans, filtré par les algorithmes, quantifié en likes et en followers.

Réapprendre à désirer

Le syndrome du scroll infini ne constitue pas une simple mauvaise habitude qu’il suffirait de corriger par la volonté. Il révèle un piège redoutable : ces plateformes ont compris et exploité la structure même de notre fonctionnement psychique, cette dimension insatiable du désir que Lacan a si bien théorisée. Reconnaître cette réalité ne signifie pas capituler face à l’emprise des algorithmes, mais comprendre que la solution ne peut pas être uniquement individuelle ou comportementale.

Retrouver une relation active à son désir suppose un travail d’élaboration qui passe par la parole et la réflexion. Cela implique de questionner ce qui, dans votre histoire singulière, vous rend particulièrement vulnérable à cette captation algorithmique. Quels manques cherchez-vous à combler dans ce flux infini ? Quelle angoisse tentez-vous d’éviter ? Quelle satisfaction impossible poursuivez-vous dans ce défilement mécanique ?

Sortir de cette captation demande de réapprendre à supporter le vide, l’ennui, le silence. Les moments où rien ne se passe, où aucun stimulus ne vient solliciter votre attention, constituent précisément les espaces où peut émerger un désir authentique, non préformaté par les suggestions algorithmiques. L’accompagnement thérapeutique face aux addictions numériques offre un cadre pour élaborer ces questions et reconstruire progressivement une autonomie face au désir. La psychanalyse ne propose pas de solution miracle, mais un chemin pour comprendre comment votre désir s’est laissé capturer, et comment vous pouvez retrouver une marge de liberté face aux sirènes du scroll infini.

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Sora Hara

Passionnée de santé holistique et de bien-être après avoir étudié les médecines douces et la nutrition, elle partage ses connaissances à travers des articles inspirants et accessibles. Son objectif est de rendre la santé globale compréhensible et applicable au quotidien, en explorant les liens entre nutrition, développement personnel et pratiques naturelles. Elle travaille en collaboration avec des experts de la santé et des entreprises axées sur le bien-être, offrant des conseils pratiques pour une vie plus saine et équilibrée.

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